Retraite de Roger Federer : les souvenirs de los angeles rédaction d’un joueur pas comme les autres

CYRIL MORIN

Mon Federer à moi passe d’abord par celui des autres. Roger, c’est le rêve des éducateurs. Tous ceux que j’ai pu croiser en apprenant ce sport n’avaient qu’un modèle à mettre en avant : Federer, ce geste si pur, ce balancier si fluide et cette impression que le tennis était simple quand il était. joué Roger, c’est l’idole de mes camarades de cours, ceux qui veulent la même raquette Wilson ou achètent cette casquette “RF” pour lui ressembler autant que possible. Roger, c’est enfin l’image du gendre parfait. Comme si on avait collectivement oublié ses méandres passés, on se réjouit de voir un joueur aussi beau, aussi classe et qui ne manifeste que très rarement des accès de colère pourtant partie prenante de ce sport qui peut rendre fou.

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IL YA 2 HEUR

Mon Federer à moi, ensuite, ce sont ces dimanches après-midi de printemps où la déception était collective. 2005, 2006, 2007, 2008 : la France du tennis s’arrête de respirer et beaucoup prient pour que le Suisse finisse, enfin, par soulever le trophée des Mousquetaires. Pour eux, chaque année cet espoir, chaque année ce désarroi final, dont certaines fessées mémorables. Alors, finalement ce Roland-Garros 2009 marquera sans doute pour longtemps ma perception de Federer. Parce que le tremblement de terre Söderling lui a offert une chance inédite, qu’il a fini par saisir. Les grands champions sont des tueurs de sang-froid et je l’ai encore constaté ce dimanche-là, contre le Suédois, sans réponse ou presque face à un joueur en mission. Ce 7 juin 2009, il y eut comme un soupir de soulagement général : oui, Federer partira bien en ayant remporté tous les Majeurs existants… Je ne crois pas qu’il soit mon préféré. Mais si j’ai fini par adorer Rafa, c’est aussi parce que j’ai d’abord admiré Roger.

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MAXIME BATTISTELLA

Si je devais choisir une image, ce serait celle d’une semaine de plaisir pur, qui personnifie peut-être le mieux Roger Federer. En arrivant à Cincinnati en ceté été 2015, le Suisse est fatigué pour son premier entraînement face à Benoît Paire. Alors pour passer le temps, il s’amuse et décide de retourner les services du Français juste derrière le carré de service. Les coups gagnants pleuvent et son coach Severin Luthi le met au défi de tester la technique en match. Qu’à cela ne tienne, le “Maestro” s’exécute et surprend des adversaires totalement déboussolés.

Le géant Kevin Anderson est balayé et Feliciano Lopez, égallement défait, s’émerveille au filet d’un Suisse qui “vole”. Federer vient de créer un nouveau coup, le “SABR” ou “sneak attack by Roger” (l’attaque furtive de Roger, en français). Djokovic en fera lui-même les frais, sous les yeux furibards de son coach d’alors, Boris Becker. Le Suisse ne perdra pas son service et pas un set du tournoi. Pour moi, Federer, c’est ça : la créativité au service du jeu. Il aura toujours conservé une part d’enfance et d’émerveillment en lui. Une qualité qui explique sûrement aussi sa longévité.

ALEXANDRE COIQUIL

Je n’ai pu voir Roger Federer jouer en “vrai” que cinq fois : quatre à Roland-Garros, une à Bercy. Le voir in situ m’a été suffisant pour constater qu’il était fait d’un autre bois, techniquement notamment. Ma première avec “Rodge”, c’était en 2011, lors d’un 3e tour de Roland-Garros contre Janko Tipsarevic. La dernière fois, c’était à Bercy, en 2015 pour une autre balade contre Andreas Seppi. Ce match m’a marqué. Cela a tourné au carnage : 6-1, 6-1. Ce score à sens unique n’était pas de la faute à Seppi. C’est Federer qui a décidé ce soir-là de jouer un match presque parfait. Peut-être un de ses plus complets en carrière, alors que ce n’était qu’un vulgaire 2e tour de Masters 1000, pas le genre de matches qu’on note au moment de faire un bilan.

Ce soir-là pourtant, RF lévitait. Prises de balle tôt, du SABR, sa récente invention “anti Djokovic”, couverture de terrain exceptionnelle, jeu de jambes d’un boxeur, service au top, Federer a repoussé les limits de la perfection technique. La leçon a duré 47 minutes chrono. Le match était plié dès que le Bâlois a joué le premier échange. J’ai compris ce soir-là qui était réellement Federer, alors que je le “connaissais” pourtant. J’avais assisté à son accession aux sommets du tennis mondial. Mais je ne réalisais pas ce qu’il faisait subir aux autres. Federer était un type impitoyable. Un tyran du jeu capable de réduire ses rivaux en simples punching-ball. Ce soir-là, je ne voulais pas être Andreas Seppi.

HADRIEN HIAULT

Évidemment il ya ce revers magique, ce geste pur, reconnaissaable dès le premier coup d’œil. “C’est Rogeeerr, la, en bas du court”. Quel geste! On pourrait évidemment deviser des heures sur le jeu du Suisse, quel régal d’avoir pu l’admirer toutes ces années. Au delà de tous ses coups de raquettes magiques qu’on a en tête, il ya une image qui me revient souvent quand je pense à lui, instantanément. Ce sont les sauts de cabri et la joie pure de Roger en finale de l’Open d’Australie 2017.

Sur sa deuxième balle de match, il envoie un coup droit croisé que Rafael Nadal ne va pas chercher. L’Espagnol montre du doigt que la balle est dehors. Federer demande le hawk eye. J’ai les yeux rivés sur l’écran et la balle virtuelle avance et redscend sur la ligne. “Ça touche”. De peu certes, mais ça touche. Federer a compris. Il saute de joie. Il a 35 ans, déjà. Mais on dirait un gamin. Cela faisait cinq ans qu’il n’avait plus décroché de titre en Grand Chelem, depuis Wimbledon 2012. Une si longue disette pour lui comme pour ses fans. J’ai l’impression de retrouver un jeune tennisman qui a gagné le tournoi de son village. Les sauts, le salut à l’Espagnol, les larmes ensuite du Suisse…et les miennes aussi devant ce moment d’histoire.

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SIMON FARVACQUE

Il est des points qui font basculer un match, une carrière, une vie. Est-il de ceux-la ? Même pas vraiment, puisque Roger Federer n’a fait que retarder l’échéance, en ce 6 juillet 2008. Son passing gagnant, sur balle de match, en finale de Wimbledon, m’a pourtant marqué. Immédiatement. Quand il l’a décoché d’un revers majestueux à 7-8 dans le tie-break du quatrième set, j’ai eu l’intime conviction qu’il allait compter, d’une quelconque manière, dans sa carrière. Peut-être plus encore dans celle de son rival, Rafael Nadal, s’apprêtant à déboulonner le quintuple tenant du titre.

Federer a gagné ce jeu décisif. Mais il a perdu la manche suivante et a bel et bien cédé son scepter. Cédé du terrain, surtout, face à un ogre de l’ocre dont on ne dutait déjà plus qu’il deviendrait bien plus que cela. De quoi rendre anecdotique cet instant suspendu, que j’ai fantasmé historique ? Peut-être pas. Au regard de leurs épopées respectives, quatorze ans plus tard, il ya dans ce revers gagnant de Federer un goût de symbole. Celui d’une résistance sublime face à l’inexorable, à savoir la domination de nadal, dans leur duel à distance, en termes de tournois du Grand Chelem remportés. Domination actée en ce jeudi, jour d’annonce de la retraite de l’esthète helvète.

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MAXIME DUPUIS

Roger Federer qui tire sa révérence, c’est un pan entier de l’histoire du tennis qui se fait la malle. Mais au-delà des accomplissements, des chiffres étourdissants et du joueur fascinant, c’est l’insoutenable légèreté de l’être Federer qui va le plus me manquer. Savoir que je ne reverrai plus Roger Federer à Wimbledon, en tenue immaculée et flottant tel un papillon, est certainement le principal crève-cœur de cette journée de jeudi. Et, surtout, ce qui me semble le plus irremplaçable à cette heure. J’aurais aimé revoir Federer et son élégance une dernière fois sur le Center Court, raquette en main, aérien et délié.

Dans sa jeunesse, Roger Federer admirait Pete Sampras, le précédent maître des lieux. Champion à l’élégance discrète, presque gênée, Sampras avait refusé ou tout au moins repoussé la flamboyance que Roger Federer a naturellement embrassée tout au long de sa carrière. Par son jeu de jambes, son port altier et cette facilité apparente, le suisse ne pouvait de toute manière pas la renier.

Federer-Djokovic, Wimbledon 2012

Credit: Panoramic

LAURENT VERGNE

Il y aurait tant à dire et à choisir. C’est presque en dehors du court, que Roger Federer m’a le plus impressionné. En conférence de presse, notamment. Vif, malin, sachant toujours quoi dire et ne pas dire, restant dans les limites fixées par personne d’autre que lui-même mais donnant toujours suffisamment de biscuit à ses interlocuteurs. En plusieurs langues, en prime. Mais pour rester sur le côté purement sportif, tout me ramène spontanément à cette demi-finale de Roland-Garros en 2011 contre Novak Djokovic.

A l’époque, on parle, déjà, de déclin. Le Suisse n’a pas gagné de Grand Chelem depuis un an et demi. Il n’est plus que le troisième homme et, à bientôt 30 ans, on n’imagine pas qu’il puisse encore botter les fesses de Nadal et Djokovic. Ce jour-là, à l’approche du crépuscule et sous une épaisse grisaille, le défi était gigantesque face à un Djoko invaincu depuis des mois, vainqueur depuis le début de la saison de l’Openlie d’Aus , Miami, Belgrade, Madrid et Rome. Pas grand-monde ne croit Roger non seulement capable de le battre, mais de rivaliser.

Mais Federer n’a jamais été autant Federer que dans ce match. C’est un match prodigieux, avec la complicité d’un Novak Djokovic au top. Ce n’est peut-être pas sa plus grande victoire, car ce n’était “qu’une demi-finale” et il ne soulèvera d’ailleurs pas la Coupe des Mousquetaires. Mais c’est peut-être son plus grand match, en termes d’expression tennistique. Ce match-là, il n’y avait que Federer pour l’offrir. Il m’arrive souvent de m’y replonger. Sans jamais m’en lasser.

SEBASTIEN PETIT

Roger Federer, c’était aussi le génie à l’état pur et aussi l’émotion à fleur de peau. Mais at-il déjà plus pleuré que lors de cette saison 2009 ? En Australie, déjà, Rafael Nadal l’a fait sangloter à chaudes larmes après une finale perdue à Melbourne. Une sombre affaire en cinq sets. Mais alors ce dimanche 7 juin, c’était pire. Une vraie fontaine. Il faut dire qu’à Roland-Garros en ce jour de finale, il y avait de quoi. Pas de Nadal en face (c’était déjà une petite contariété), mais un ciel gris pour un temps très humide, et surtout un trophée qui s’offre enfin à lui.

J’ai eu la chance d’assister à ce moment si particulier des tribunes du court Philippe-Chatrier. Et j’ai encore la chair de poule rien que de repenser à l’émotion palpable du Suisse. Au changement de côté, avant même de servir pour le match à 5-4 dans le troisième set face à Robin Söderling, les larmes commençaient à lui monter aux yeux. Comme elles sont remontées aussi vite au moment de convertir sa première balle de match. Avec le recul, c’est à se demander comment il a fait pour servir cette balle, mais il l’a fait. Il a encore change de dimension ce jour-là. Le jour ou il est passé de champion à super-héros.

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