Retour du loup en Bretagne : les conseils d’un spécialiste pour protéger son troupeau – Le loup est de retour en Bretagne



Quels conseils donnez-vous aux éleveurs pour protéger leur troupeau du loup ?

Mon premier conseil, c’est d’anticiper. Ce loup passera peut-être son chemin mais il en viendra d’autres. Sa présence doit donc être price comme une alerte. Il ne faut pas se précipiter mais d’abord s’informer sur le chien de protection ainsi que sur le loup lui-même car cela ne s’improvise pas. Certains loups franchissent les clôtures, d’autres non. Certains défient les chiens, d’autres non. Certains sont sensibles à la présence humaine, d’autres moins.

On ne peut plus, 30 ans après le retour du loup en France, être dans un tel déni et envoyer les futurs paysans au casse-pipe

Il n’y aucun moyen de protection infaillible. Il en faut donc plusieurs et les corréler entre eux. Des moyens d’effarouchement sonores et lumineux sont généralement proposés en cas d’urgence mais ils n’ont qu’un effet temporaire car l’animal s’y habitue. Ces connaissances devraient être incluses dans les formations agricoles. On ne peut plus, 30 ans après le retour du loup en France, être dans un tel déni et envoyer les futurs paysans au casse-pipe.

Comment bien choisir son chien de protection ? Quelles races privilégier ?

Il ya des races dont on trouve plus facilement des souches pastorales car elles sont plus répandues dans les zones de prédation. Le matin espagnol, le Cao de Gado Transmontano, le montagne des Pyrénées, le berger des Abruzzes sont à privilégier pour un débutant. Mais, au-delà de la race, la lignée avec des chiens équilibrés, peu aboyeurs, avec un bon attachement sont à privilégier pour les parents de votre futur chiot. Et, dans la portée, choisir un individu équilibré, ni agressif, ni peureux ni trop téméraire.

(Photo Simon Merveille)

Avez-vous vous-même été confronté à des attaques et subi des pertes ?

Oui, à trois reprises. Nous travaillons, dans les Alpes-de-Haute-Provence, dans une zone de prédation avec deux meutes de loups dans les parages. La dernière attaque en date a concern une vache jersiaise adulte, cet automne, qui a été gravement blessée et que nous avons dû faire euthanasier. Nous sommes, à ce jour, toujours dans l’attente de l’indemnisation sans connaître son montant.

Faut-il, selon vous, revoir le système d’indemnisation ?

Les indemnisations sont variables en fonction de différents critères tels que le type d’animal, s’il était laitier ou allaitant, jeune ou en production, etc. Il est donc complexe de donner des chiffres précis… Mais la valeur génétique, les avortements tardifs suite au stress d’une attaque ou encore la baisse de lactation des animaux présents dans le troupeau ne sont pas comptepriss en Si on me demande s’il est possible de faire de l’argent sur le dos de l’indemnisation ou si un équilibre est trouvé pour compenser correctement les pertes, la réponse est clairement non.

L’arrivée du loup en Bretagne vous surprend-elle ? Est-elle durable, selon vous ?

Le loup était déjà présent et reproduisant dans de nombreux pays européens et une multitude de départements français… Qui pouvait croire qu’il n’arriverait pas en Bretagne ? C’est quand même l’une des espèces de carnivores, avec le renard, la plus plastique qui soit. Des zones périurbaines aux massifs montagneux en passant par les garrigues, les marais ou les bocages, il a la capacité de s’adapter quasiment à tout, sauf à la forte densité humaine.

La Bretagne est giboyeuse, les zones de quiétude sont nombreuses, l’eau abondante. Le climat y est doux et la structure du bocage le rendra difficilement visible. Le facteur freinant son développement sera, comme dans tous les pays ou l’urbanisation est assez importante, le braconnage et surtout les collisions sur les axes routiers.

Le loup est de retour en Bretagne

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