Prix ​​des carburants : pourquoi ça flambe à la pompe et jusqu’à quand cela pourrait durer ?

Le prix des carburants en station-service n’est pas directement lié au cours du baril de pétrole. Comment expliquer la hausse continue et inaltérable des prix à la pompe ? Éléments de réponses.

2,13 €/l pour le Gazole, 2,08 €/l pour le Super SP95 – E10, le coût des carburants continue de grimper en ce mois de juin 2022. Une part aujourd’hui non négligeable du portefeuille des Français qui s ‘envole littéralement en fumée.

Pour autant, depuis plusieurs mois, le prix des carburants vendus en station augmente plus rapidement que le baril de pétrole sur la même période. Qu’est-ce qui explique cette différence ? Les marges des pétroliers ont-elles augmenté ?

En 2012 le prix du baril de pétrole le 1er mai s’affichait à $101.55 le baril et le prix moyen mensuel de vente du SP-95 était de 1,42 €/l. Le 2 mai 2022 le baril était à 116.21 $ et le prix moyen mensuel de vente du SP-95 de 1,90 €/l. Soit une hausse de 14.44 % du baril et de 33 % du prix à la pompe, en 10 ans.

Décryptage avec Maria-Eugenia Sanin, maîtresse de conférences en économie à l’Université Paris Saclay.

Une question de petrole raffiné

Comment sont établis les prix à la pompe ? Ils sont constitués de plusieurs éléments :

  • du cours du pétrole brut,
  • de la marge de raffinage
  • de la marge de transport
  • de la distribution
  • de la fiscalité (taxes)

Mais en réalité, c’est le cours du pétrole raffiné qui dicte les grandes tendances du marché. Or depuis la guerre en Ukraine, “certains biens raffinés n’arrivent plus en raison de l’embargo et du conflit”, rappelle la spécialiste. Cette pression sur l’offre conduit donc à “pousser les prix vers le haut.”

Pourquoi une telle augmentation ?

Pour Maria-Eugenia Sanin, la hausse des prix des carburants est inhérente aux marchés. Une question d’offre et de demande. Or, en ce moment, l’offre est réduite et la demande explose. L’ensemble des géants pétroliers sont dans une “course à l’approvisionnement et aux stocks”, pour éviter les ruptures. Ces sociétés ont des contrats à respecter et doivent fournir en continu du carburant, “coûte que coûte”, afin d’éviter d’éventuelles pénalités.

Des marchés haussiers qui ne sont pas, “juste de la spéculation”. Les pétroliers sont dans l’anticipation “pour répondre aux futurs besoins causés par la guerre en Ukraine, avec la construction de nouvelles infrastructures de raffinage.” En effet, les “infrastructures en Russie devront être substituées” pour, la encore, éviter des ruptures d’approvisionnement. Des projections qui ne font que “creuser encore la demande et causent des prix élevés.” Globalement, l’ensemble des pays européens sont soumis à ces hausses sur le marché du pétrole raffiné.

Des marges réglementées

“Il n’y a pas de magouille” sur les marges assure Maria-Eugenia Sanin. Comme le rapelle l’économiste, les marges des pétroliers sont réglementées, au niveau national et au niveau européen. En revanche, “si la base de cette marge augmente, (NDLR le volume de pétrole traité) il ya plus d’argent”, c’est mathématique. Pour schématiser, “10% de 100, ce n’est pas la même chose que 10 % de 200.”

Les pétroliers gagnent donc plus d’argent et le redistribuent, en partie aux actionnaires. On peut notamment citer l’exemple de TotalEnergies dont le dividende annuel est passé de 0.83 € par action en 2000 à 2,64 € par action en 2021, soit une hausse de 218.07 %. Une augmentation de la rémunération des actionnaires qui n’est toutefois pas cantonnée aux actions pétrolières.

Quid des supermarchés ?

Profitent-ils des week-ends fériés pour augmenter le prix à la pompe et augmenter leurs marges ? Fausse route.

“Le carburant est un produit d’appel pour nos enseignes. La marge ne dépasse jamais les 2% tout au long de l’année. Le prix varie en fonction du montant auquel nous l’achetons tous les deux ou trois jours, c de la taille de la cuve”, témoigne le responsable d’un supermarché de la périphérie de Montpellier.

La remise de 18 centimes, une mesure court-termiste

Pour la maîtresse de conférences à l’Université Paris Saclay, la remise de 18 centimes accordée par l’Etat est une ineptie. Elle peut faire baisser le prix à la pompe temporairement mais “n’engendre pas un changement de comportement” des automobilistes.

“Si le prix est stable, les personnes vont continue à consommer comme avant, tandis que les marchés sont tendus. Les prix augmentent donc à nouveau et ce sont les impôts des Français qui viennent payer” la remise. En somme, une machine qui contribue à alimenter le marché inflationniste.

Not solutions possible

Le marché des énergies va continue dans son mouvement haussier. “Il n’y a aucune raison pour que ça baisse”, affirme Maria-Eugenia Sanin. La consommation va se poursuivre, faisant flamber la demande et l’offre va continue de se réduire.

Pour l’experte, seule une régulation en amont, au niveau européen pourrait avoir des impacts réels. Une fourchette de prix qui demanderait un véritable consensus de l’ensemble des Etats. Une solution alternative serait égallement de mieux cibler les remises à la pompe, pour aider les plus impactés et faire baisser la demande globale de carburant en France. En clair, une stratégie de décroissance énergétique.

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