neuf mois ferme requis contre l’éleveuse de Lubbon et son « usine à chiens »

C’est en 2016 que la SPA et, dans la foulée, les services vétérinaires du département, se mettent…

C’est en 2016 que la SPA et, dans la foulée, les services vétérinaires du département, se mettent à enquêter sur le chenil des Anges gardiens de la grâce. Deux propriétaires se sont plaints après lui avoir acheté des chiots en mauvaise santé.

Horse de contrôle

À Lubbon, les inspecteurs découvrent un chenil hors de contrôle. Alors que l’exploitation de la quadragénaire est limitée à 49 chiens, plus d’une centaine d’entre eux sont répartis dans des abris en bois éventrés et dépourvus de sol en dur. « L’inspectrice écrit dans son rapport que les chiens pataugent dans l’eau quand il pleut. Leurs déjections se déversent par terre, ils les piétinent », détaille la juge. Imperturbable, la prévenue dégaine ses cartes: « J’ai un enregistrement vocal de l’inspectrice qui dit que mes installations sont conformes». « Vous dites que vous travaillez de 6 à 23 heures, été comme hiver, mais vous faites comment pour soigner vos animaux quand il fait nuit, alors qu’il n’y a pas l’électricité dans vos enclos? », s’étonne Me Maréchal-Gaillard, avocate de la Fondation Brigitte-Bardot (partie civile, tout comme la SPA). « Je prends ma lampe torche », répond l’intéressée.

« J’ai un enregistrement vocal de l’inspectrice qui dit que mes installations sont conformes »

Au bout de cinq ans, malgré les mises en demeure successives, la situation empire. « Les grillages ne sont toujours pas aux normes, les chiens peuvent se mordre entre eux. Beaucoup de bêtes souffrent de pathologies diverses, bourres de poil, puces, toux du chenil, conjonctivites, otites. Les animaux sont très crintifs », déroule la juge. « J’ai quelques cockers avec des soucis de sécheresse oculaire, mais à 7 heures, je ne leur avais pas encore donné leurs gouttes », justifie-t-elle en faisant référence à l’opération coup la avais de poing de poing ses 218 chiens en juin 2021. Me Egea, pour la SPA, résume : « C’était une usine à chiens. »

La preuve par l’image

Les mauvais traitements décrits ont entraîné chez les chiens des carences alimentaires. « Impossible, réfute Karen Toubiana. Ils avaient des croquettes à volonté ! » Lesdites croquettes, on les découvre à l’écran quand des photos sont projetées à la demande du procureur de la République. Jetées à même la terre battue, elles moisissent. « Et là, on voit des plantes qui poussent dans les abris, vous l’expliquez comment ? », interroge le procureur. « Il ya de la vie ! »

« Une machine à cash »

Comment cette éleveuse at-elle pu gérer seule 258 chiens et pourquoi leur nombre n’a cessé d’augmenter ? Pour le procureur de la République, la réponse est limpide : « L’argent, c’est le nerf de la guerre. Quand on vend 1 000 euros en moyenne un chien, qu’on demande la somme en liquide, on brasse à l’année des montants colossaux ! » En l’état, on parle de 131 000 euros amassés en liquide sur quatre ans. Et le ministère public de dévoiler la comptabilité fantaisiste de la gérante, qui réserve une ligne Excel pour les paiements en cash, “ligne que vous ne déclarez pas ensuite”. « Non, effectivement. Ça me permettait d’investir dans le chenil. » « Mais où ça ? Quels travaux ? », lui demande le procureur. « En fait, vous avez perdu pied dans votre élevage », qu’il qualifie de « machine à cash».

« Inconscience et incompétence »

Scotchée par l’attitude de la prévenue à la barre, « qui révèle son inconscience et son incompétence », Me Maréchal-Gaillard réclame, outre 2 000 euros au titre du préjudice moral, que la prévenue n’ait plus jamais le droit de posséder un animal. De son côté, « devant l’absence totale de remise en cause de Mme Toubiana et le risque de récidive », le procureur requiert une peine mixte : neuf mois de prison ferme, quinze mois de sursis probatoire sur deux ans, l’interdiction pendant cinq ans de travailler avec des animaux et 10,000mende eurosdont’ la moitié avec sursis).

À minuit passé, la défense parle enfin et tente de minimiser les faits. Me Peneau insiste sur « les efforts réalisés par Karen Toubiana pour mettre son chenil en conformité ». « Elle est trop france, trop directe, mais ne jugez pas son caractère. »

La décision est mise en délibéré au 4 octobre.

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