La concurrence d’Air France provoque l’ire des petites compagnies aériennes d’outre-mer

La guerre de l’outre-mer est déclarée ! Air Caraïbes et Corsair sont vent debout contre Air France. Elles reprochent à la compagnie aérienne nationale de leur mener une concurrence effrénée sur ce qu’elles nomment leur « pré carré », leur « espace vital », c’est-à-dire les destinations d’outre-mer, principalement les Antilles, La Réunion et la Guyane. Cette poussée d’urticaire trouve son origine dans la forte augmentation des capacités d’Air France sur les lignes vers cette zone, montée en puissance qui lui permet de compenser le grand nombre de lignes long-courriers pour sanit fermisonsées.

De son aveu même, Air France a, par exemple, fait croître de 50 % son offre vers La Réunion, avec trois vols quotidiens au lieu de deux auparavant, dont un au départ de l’aéroport Roissy – Charles-de-Gaulle. « Ce sont des capacités énormes, une suroffre », s’inquiètent d’une même voix Air Caraïbes et Corsair. Dans un courrier adressé il ya environ deux semaines aux ministres de l’économie, des transports et de l’outre-mer, ainsi qu’à la direction générale de l’aviation civile (DGAC), les deux petites compagnies ont chiffré le « redéploiement massif des capacités Air France sur les routes » vers l’outre-mer. Selon leurs calculs, l’effort d’Air France « représente plus de 710 000 sièges de surcapacité par rapport à une année pré-Covid, soit l’équivalent de trois gros-porteurs quotidiens ».

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Cette offensive est sans commune mesure avec les moyens des deux petites rivales. « Cela nous oblige à réduire nos capacités. Nous ne pouvons opérer autant de vols que nous aurions voulu le faire », s’indigne Marc Rochet, directeur général d’Air Caraïbes. Les deux sociétés estiment que « cette stratégie [est] en partie financée par l’utilisation des aides d’Etat reçues par Air France au cours de la crise ». Depuis 2020, la France et les Pays-Bas ont été plus que généreux pour sauver Air France-KLM de la faillite, avec un total de 16,65 milliards d’euros versés sous form de prêts directs, de prêts bancaires garantis par l’ Etat et d’augmentation de capital.

En peine sur le fret

Pour sa défense, Air France ne veut y voir qu’une simple concurrence commerciale. L’outre-mer a été l’une des zones les « plus résilientes tout au long de la crise, avec successivement la reprise du trafic affinitaire et celle du trafic loisirs (…). Des destinations “refuges” quand de nombreuses restrictions de voyage limitaient les voyages internationaux »assure-t-elle au Monde. Selon la compagnie, c’est seulement « pour répondre à cette demande qu’Air France, comme ses concurrents, a progressivement augmenté son offre, redéployant sur ces routes des appareils desservant habituellement d’autres destinations, et notamment l’Asie ». Ces explications ne satisfont pas Pascal de Izaguirre, PDG de Corsair.

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