Most cancers du pancréas, une révolution à Poitiers

Les cancers du pancréas, une « épidémie croissant », peu fréquents, mais en constante augmentation : environ +10% depuis les années 1980. Surtout, leur pronostic, parmi les plus sombres en cancérologie, ne s’est guère amélioré, contrairement à celui des autres tumeurs Selon des prévisions, à l’horizon 2030, ils pourraient même devenir la deuxième cause de mortalité par cancer derrière les tumeurs bronchiques. En Charente, par exemple, le dépistage des patients victimes de la tumeur a fait un bond de 51 % depuis 2008.

20% de cas opérables

Avec de mauvais pronostics, c’est à petits pas que la médecine doit appréhender les patients, notamment par le traitement classique sous le triptyque « chirurgie, radiothérapie et chimothérapie », désarçonnée par le de faibletaux. « On ne compte que 20% de cas opérablesprécise Sébastien Papot. Et encore, quand la maladie est détectée assez tôt, souvent par hasard. » Devant la maladie, un patient ne doit guère survivre que 12 mois en moyenne.

L’idée de Seekyo: la vectorisation thérapeutique. Le concept, qui a donné naissance à une variété considérable d’outils relevant des nanotechnologies, est méconnu du grand public. Il est pourtant des plus novateurs dans la médecine moderne. L’idee est « d’associer des médicaments à des structures moléculaires capables d’acheminer le principe actif qu’ils contiennent vers l’endroit exact où celui-ci doit entrer en action dans un organe, un tissu ou une cellule », précise alors Sébastien Papot. Début septembre, le scientifique, en pleine conférence de la prestigieuse European Federation for Medicinal Chemistry and Chemical Biology (1), projette une massive image d’un vaisseau spatial en train de canarder une tumeur, devant un parterre scotché.

De nouvelles molécules capables de chercher, détecter et détruire les tumeurs.

« Bon, j’y suis allé un peu fort mais l’idée, c’est çaconcede-t-il. C’est de créer de nouvelles molécules anticancéreuses capables de chercher, détecter et détruire les tumeurs sans affecter les tissus sains. » Pourquoi ces cancers résistent-ils à des chimothérapies ? L’efficacité d’un médicament dépendrait de l’état de compression de la tumeur : plus les cellules cancéreuses sont serrées par leurs voisines, malades ou saines, moins la chimiothérapie fonctionne. C’est comme entrer dans un wagon de métro bondé pour rejoindre une personne à l’autre bout de la cabine sans toucher les autres. SKY01 apparaît alors comme une véritable tête chercheuse en somme, uniquement active en présence de la tumeur, à son contact. On parle allors de « medical intelligent ».

« Les nerfs de la guerre, dans ce domaine, c’est l’argent et le tempsconcède Outy Chetboun, président de Seekyo. Il en va de la recherche fondamentale. Là, notre force, c’est qu’après des années de tests sur des souris, les résultats sont plus que positifs car la toxicité est au plus bas voire inexistante. Les données sont même de nature à nous engager dans des tests humains. » Une avancée considérable à ce stade de la recherche qui pourrait ouvrir les voies, à terme, à la commercialisation (encadré).

Sébastien Papot tempère: « Vous voulez un scoop, les hommes ne sont pas des souris, alors on verra d’abord comment les patients réagissent. Le temps de la recherche n’est pas le temps médiatique. On est conscient de l’espoir et des attentes que cela peut susciter mais rien n’est fait. L’aventure commence maintenant. »

(1) Le professeur travaille au sein de l’institut de chimie des milieux et matériaux de l’université de Poitiers (IC2MP).

Course à la levée de fonds

Pas d’argent, pas de recherche. La règle est immémoriale. Dans le monde scientifique, on constate même un flétrissement du prestige français : publications en berne, moyens financiers en baisse, bas salaires, fractures laboratoires riches et pauvres, titulaires et précaires signera la finanient de mêle mêle mondial. « Aujourd’hui, la compétition est féroce, hors de question pour les laboratoires de financer un projet avant les testsconfie Sébastien Papot. Les scientifiques, comme nous, passent par la création de start-up et doivent prendre tous les risques, pour le meilleur comme pour le pire. » Le 20 janvier 2020, sa société Seekyo annonçait une première levée de fonds de 800 000 euros. En 2021, 650 000 euros étaient encore récoltés auprès de business angels (donateurs) et de Bpifrance. Alors que son équipe est prête pour enfin tester le médicament auprès de tumeurs issues de patients, Sébastien Papot concède devoir réunir près de 1,5 million d’euros pour démarrer l’étude. Plus du tiers aurait été trouvé, « sachant que le développement et la commercialisation du médicament, par la suite, chiffrent dans le milliard d’euros ». Une phase qui n’interviendrait que dans les 6 à 10 ans.

À l’origine, quatre étudiants en chimie, dont un Charentais…

Il ya sept ans, Charente libre le relatait dans ses pages: « Quatre étudiants en chimie à Poitiers viennent de lancer une association. Ils cherchent à réunir des fonds pour financer la recherche sur une nouvelle form de chimothérapie. »
2015, Geoffrey Jabs, originaire de L’Isle-d’Espagnac, fonde en octobre l’association Therapeutic Impact avec trois autres camarades de la faculté de chimie. Il suit les cours de Sébastien Papot, déjà primé en 2011 pour ses travaux sur les « chevaux de Troie », sélectionnés pour le Prix Charente de la Ligue contre le cancer d’un montant de 25 000 euros. Entre deux confidences, le professeur-chercheur à la tête de l’équipe, évoque une découverte et « l’impossibilité d’aller plus loin par manque de fonds » : « Une molécule dite intelligente qui permet d’engager une chimothérapie sans effets secondaires en ne visant que les cellules malades. » Les apprentis chimistes, via l’association, parcourront la région, dont la Charente, afin de réunir 550 000 euros. Les lecteurs de CL participeront d’ailleurs à hauteur de 1 500 euros.
« C’est une histoire humaine avant toutexplique Charles Ciriac, aujourd’hui doctorant en microbiology moléculaire et president de Therapeutic Impact. Nous sommes toujours actifs pour communiquer sur les recherches de Sébastien Papot et ses avancées même si sa société évolue désormais dans la cour des grands. Le rayonnement est devenu immense pour ce qui était à la base une petite structure. C’est sa force et un exemple. À l’heure où les cerveaux and petits labos français partent à l’étranger pour bénéficier de financements plus importants et facils d’accès, Seekyo veut prospérer sur le territoire. Le secteur est ultra-compétitif, surtout dans la recherche sur le cancer. Seekyo tire clairement son épingle du jeu. »

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