Manifest V3 : Chrome luttera-t-il contre les vols de mots de passe en bridant l’efficacité des bloqueurs de pub ?

En juin 2023, un changement discrete mais important aura lieu au sein de Chrome. Le navigateur édité par Google cessera de prendre en charge le Manifest V2, une interface de développement qui permet de créer des extensions en tout genre pour le navigateur. Ce dernier cèdera la place à une version revue et corrigée, appelée, on vous le donne en mille, Manifest V3. Les nouvelles contraintes de développement sont censées, selon Google, “renforcer la securité et la confidentialité des utilisateurspour éviter que des pirates malveillants ne publient des extensions qui s’emparent de vos données.

Des bloqueurs de pubs plus sûrs et plus performants ?

Seulement voilà, les changes prévus par Google ne sont pas du goût de tout le monde. Certaines modifications prévues dans le Manifest V3 font crindre que Chrome ne cherche à limiter les capacités des bloqueurs de pub. Et pour cause, les nouvelles lignes de conduite pour les développeurs d’extensions n’autorisent plus l’utilisation de l’API Web Request. Officiellement, c’est parce que cet outil permet de créer un peu trop facilement des extensions capables de voler les données personnelles des internautes. Malheureusement, c’est aussi l’outil qu’utilisent beaucoup d’extensions destinées à bloquer la publicité. La crainte est donc de voir Google se débarrasser d’un moyen simple et efficace de bloquer la réclame.

La firme de Mountain View assure que ces changes ne limiteront en rien les capacités des extensions bloqueuses de pub. En remplaçant la vieillissante API Web Request par une plus moderne, appelée Declarative Net Request, Google affirme même que les développeurs pourront “créer des bloqueurs de pubs plus sûrs et plus performantsUne confiance qui ne semble pas partagée par l’influente Electronic Frontier Foundation. L’association, qui milite pour un Web ouvert, explique que la nouvelle API risque de “détruire de puissants outils de confidentialité et de sécurité“.

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bloquera, bloquera pas ?

L’API que Google s’apprête à imposer dans Chrome laisse en effet moins de flexibilité aux extensions pour filtrer le trafic qui arrive sur une machine. En utilisant Web Request, il est possible d’analyser l’ensemble du trafic et de bloquer le chargement d’éléments venant de certaines URL (dans le cas qui nous intéresse, celles appartenant à des régies publicitaires). La nouvelle API n’autorisera plus ce genre de comportements. Comme le precise l’EFF, “les extensions ne pourront pas modifier la plupart des en-têtes ou décider de bloquer ou de rediriger sur la base de données contextuelles.

Pour le dire plus simplement, le Manifest V3 offrira moins de données et moins de possibilités de blocage aux extensions en limitant le nombre de règles que ces dernières peuvent imposer au chargement d’une page web. Cela ne veut pas dire que tous les bloqueurs de pub seront mis sur la touche : Adblock Plus, par exemple, continuera de fonctionner et la société s’est même publiquement réjouie du changement. Il est à noter cependant que la société qui édite Adblock entretient des liens financiers avec Google. D’autres extensions plus agressives dans le blocage de contenus, telles que NoScrpt ou PrivacyBadger, semblent en revanche sur la sellette.

Une problématique qui dépasse Chrome

Cette problématique dépasse les frontières de l’écosystème Google. Le moteur de rendu HTML utilisé par Chrome (connu sous le nom de Blink) est aussi employé par Microsoft Edge, Opera et Brave. Bien que cela facilite grandement le partage d’extensions entre ces programmes, cela signifie égale que le Manifest V3 s’imposera aussi sur ces navigateurs. Il convient toutefois de noter que si un navigate integre des faunctionnalités de bloc de pub au sein de son code, ces dernières ne seront pas désactivées par le Manifest V3.

Trop heureux de pouvoir se démarquer sur le sujet, Firefox a fait un pas de côté. Le navigateur édité par la fondation Mozilla a déjà le luxe d’utiliser son propre moteur de rendu web (nommé Gecko), ce qui fait qu’il n’a pas nécessairement à se plier aux évolutions poussées par Google. Dans un souci d’interopérabilité, Mozilla a toutefois annoncé qu’il prendrait en charge les extensions construites autour du Manifest V3, mais qu’il garderait aussi la possibilité d’utiliser l’API Web Request. Une manière de promouvoir un peu plus sa philosophie axée sur un Web ouvert et respectueux des données personnelles.

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