« Les élus d’extrême droite font surtout appel aux chats »


Journaliste politique et rédacteur en chef à Décideurs MagazineLucas Jakubowicz est l’auteur du livre Un animal pour les gouverner tous, aux editions Arkhe. Pourquoi les présidents français sont-ils très souvent propriétaires d’un chien ? Pourquoi les hommes politiques en campagne électorale adorent-ils s’afficher avec des animaux domestiques ? Si le rapport entre les animaux et le pouvoir est très ancien, leur présence aujourd’hui dans l’univers politique constitue une arme maîtresse pour s’attirer les faveurs des électeurs.

Le Point: Tous les presidents de la Ve République possèdent un chien, tous les présidents américains du XXe et du XXIe siècle possèdent un animal domestique, écrivez-vous. Pourquoi ?

Lucas Jakubowicz: Parce qu’on est en démocratie et que le but dans une démocratie est d’obtenir le maximum de voix aux élections. Pour cela, il faut séduire en montrant aux citoyens qu’on leur ressemble, qu’on est comme eux, qu’on a des qualités comme de l’empathie. Le chien permet de montrer cette empathie, de montrer cette proximité à l’égard de l’Américain ou du Français de la classe moyenne qui, assez souvent, possède un animal domestique. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les présidents américains ont tous un chien de race labrador, parce que le labrador est le chien familial par excellence, le chien le plus consensuel. Aux États-Unis, quand Joe Biden devient candidat démocrate, il désire s’emparer du vote blanc des Swing States. D’après plusieurs sondages, le chien le plus populaire dans ces États est le berger allemand. Et que fait Biden ? Juste avant de se déclarer, il adopte un chiot berger allemand.

Quelles qualités le fait de posséder en chien permet-il de mettre en valeur ?

Le chien est un animal très affectueux et reconnaissant, qui se frotte contre son patron, qui lui lèche la main, et qui prouve que la personne qui le possède est quelqu’un de gentil. Dans une démocratie, quand vous posez à côté d’un chien en train de vous faire la fête ou lorsque vous le promenez, cela prouve que vous êtes quelqu’un de sympa. Cela permet de montrer que le chef d’État n’est pas qu’un père fouettard. S’occuper d’un chien demande du temps, il faut le promener, le nourrir, le dresser, cela permet de montrer que l’on a du temps à consacrer aux autres. Pour cette raison, tous les présidents communiquent avec leur chien. Ils se montrent avec leur chien en train de le promener ou de le caresser.

Le ministre Gérald Darmanin, qui vient de la droite, a mis en avant son chat Boris pour casser son côté technocratique.

Quelle est la différence avec le chat en politique ?

Le chat a un potentiel viral sur les réseaux sociaux parce qu’il est mignon. En marketing, avec l’arrivée des réseaux sociaux, on a remarqué que les posts avec les chats étaient les plus partagés. Beaucoup d’hommes politiques ont utilisé les chats pour créer des memes, des vidéos, de la mignonnerie. Souvent, ce sont les élus qui ont une image dure qui font appel aux chats, cela leur permet d’attendrir leur image. Ce sont principalement des partis d’extrême droite, pour tenter de se dédiaboliser. Aujourd’hui, Marine Le Pen se met en avec des chats, mais, à la base, le Rassemblement national était le parti méchant, anti-migrants, violent, héritier du néonazisme. Les chats lui ont permis de montrer qu’elle avait du cœur et qu’elle était empathique, un peu comme Matteo Salvini. Le ministre Gérald Darmanin, qui vient de la droite, a mis en avant son chat Boris pour casser son côté technocratique.

À LIRE AUSSIMarine Le Pen, la stratégie du chat

Durant son mandat, Donald Trump ne s’est pas plié à la tradition des présidents amoureux des animaux. Dans quelle mesure cette décision at-elle influé sur son image ?

Durant sa campagne, Trump a affirmé ne pas être un homme politique comme les autres. Il s’est affirmé à l’opposé des autres. Il n’a pas cherché à paraître empathique, ne s’est pas trop mis en avant avec sa femme et ses enfants. Il n’est pas allé caresser des têtes d’enfants. Il n’a pas pris d’animal pour se poser en tant que candidat antisystème et qui devait l’être jusqu’au bout. C’est ce côté antisystème qui lui a permis d’être président. En 2020, il a poursuivi cette ligne, sauf que les Américains étaient dans l’incertitude et que Biden a surjoué le président traditionnel et mis en avant les animaux en campagne.

Comment les animaux sont-ils exploités par les hommes politiques en France ?

Dans la dernière présidentelle, nous avons remarqué une nouvelle tendance : il ne suffit plus de poser avec des animaux ; maintenant, les électeurs demandent aussi des actes forts pour la protection des animaux et leur bien-être. Aux dernières élections, tous les partis politiques ont présenté un projet pour le bien-être animal, à part Zemmour. Chaque candidat utilisait la question du bien-être animal pour affirmer que son program était le meilleur. Macron est le candidat du « en même temps », il est allé à la fois rendre visite à des animaux dans des SPA et a fait des concessions aux chasseurs. Marine Le Pen emploie souvent la question du bien-être animal, mais elle l’utilise principalement pour critiquer les musulmans et leurs pratiques, comme l’égorgement des moutons.

Un animal pour les gouverner tous de Lucas Jakubowicz, aux editions Arkhe

Leave a Comment